Sous prétexte de construire un parc public au pied du mont des oliviers, les autorités israéliennes ont détruit en mars dernier deux maisons du quartier de Silwan à Jérusalem est et en ont menacé 88 autres avant que la mobilisation internationale ne bloque le processus.
Il est régulièrement fait état dans la presse des colonies de peuplement que l’Etat d’Israël encourage depuis des décennies en violation des Conventions de Genève et des multiples résolutions de l’ONU.
Ce sont 470’000 colons qui vivent dans les logements construits par les Israéliens dans les territoires occupés, dont 190’000 à Jérusalem Est. Aujourd’hui la pression augmente sur Israël pour mettre fin à cette pratique qui aboutit de fait à annexer des territoires palestiniens et à rendre impossible le retour aux frontières de 1967, internationalement reconnues. Toutefois, la construction de logements pour les colons israéliens sur terre palestinienne ne cessera pas. En effet, à ce jour, malgré l’illégalité du processus, aucun pays occidental n’a demandé à Israël de cesser de densifier les colonies existantes et officiellement agréées par le gouvernement. Ce sont seulement les colonies «sauvages» mises en place par des militants extrémistes sur des collines en territoire palestinien qui sont bloquées ou détruites.
Et encore, ces implantations sauvages ont tendance à renaître dès que les caméras filment ailleurs.
Violation du droit public
La presse parle aussi – mais seulement en cas de mort d’homme – du bombardement ou du dynamitage injustifiable, en violation du droit international public, des immeubles dans lesquels se situent les logements de présumés combattants palestiniens.
Rappelons que selon l’organisation israélienne ICAHD (Israeli committee against house demolitions), pendant la guerre de Gaza qui a eu lieu fin 2008 début 2009, ce sont 4 247 maisons qui ont été détruites et 14 762 qui ont été endommagées. Pour ces dernières, plus de 6 000 doivent subir d’importants travaux de réparation. Mais, en raison
du blocus, les matériaux font défaut.
Par contre, il est rare que la grande presse parle de la destruction des maisons de Palestiniens par les autorités israéliennes, tout particulièrement à Jérusalem.
Jérusalem est
Ainsi, en mars de cette année, deux maisons du quartier de Silwan à Jérusalem ont été détruites et 88 autres
étaient menacées de destruction, avant que la mobilisation internationale ne permette de bloquer le processus.
Le motif allégué pour la destruction est la construction d’un parc public au pied du Mont des Oliviers. Il y a trois mille ans, ce site était celui de la cité de David, ce roi qui aurait fait de Jérusalem sa capitale et fondé une dynastie en Israël. Tous les droits sur le terrain sont gelés. Si une famille s’agrandit, impossible d’envisager une extension de la maison. Pire, aucune légalisation des constructions n’est possible, alors que certaines existent depuis des décennies.
Si de nombreuses maisons de Palestiniens ne sont pas cadastrées ou ne sont pas au bénéfice d’un permis, c’est que
la Municipalité de Jérusalem pratique une politique discriminatoire de limitation de permis de construire pour
les Palestiniens selon un rapport de l’Union européenne de décembre 2008 rendu public par The Guardian le 19 mars de cette année.
Ainsi, ce sont seulement 200 permis de construire qui sont délivrés pas an, alors que le besoin en logements pour la communauté palestinienne de Jérusalem est nettement suéprieur. De fait, les maisons palestiniennes sont construites ou étendues sans attendre que les autorités occupantes israéliennes octroient un permis.
Justification infondée
Les autorités israéliennes invoquent le plus souvent la sécurité pour justifier leur politique de démolition des maisons. Toutefois, dans le rapport de l’Union européenne, il est souligné que les actions illégales des Israéliens ont une justification de sécurité des plus limitée.
Cette situation d’injustice mobilise les organisations internationales des droits de l’homme et de défense des habitants. Comme l’Alliance internationale des habitants (IAI) qui a lancé une pétition contre les expulsions à Jérusalem Est sur le site: http://fre.habitants.org
Réaction de la Suisse
Le Département des affaires étrangères (DFAE) a également réagi. C’est ainsi que dans un communiqué daté du
19 mars 2009, il a indiqué «suivre avec préoccupation les événements qui se déroulent à Jérusalem Est et la menace de démolitions d’habitation dans le quartier de al-Busta à Silwan». Le DFAE, ministère dépositaire des Conventions de Genève, déclare aussi que la destruction de maisons par la puissance occupante dans un territoire occupé est interdite et constitue une violation du droit international humanitaire ainsi que des résolutions de l’ONU en particulier la résolution 476 de 1980. Jérusalem Est fait en effet partie intégrante du territoire palestinien bien qu’elle soit sous occupation d’une puissance étrangère.
Carlo Sommaruga
Secrétaire général d’ASLOCA Romande
Journal Droit au Logement N° 190, page 16