Asloca Association Suisse des locataires - Section romande

ASLOCA VALAIS - Etat des lieux du logement: 43% des Valaisans sont des locataires

Valais, 30 mai 2016

Les temps changent. Bien que foncièrement propriétaire, le Valaisan n’a plus toujours les moyens d’acquérir son propre logement.

Le Valaisan est attaché à sa terre. Il aime ses vignes, son mayen. Il a voté massivement non à l’initiative populaire Franz Weber «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires» et à la loi sur l’aménagement du territoire (LAT). «En Valais on n’est pas loin d’être tous propriétaires, c’est notre bas de laine, notre retraite», assénaient notamment les opposants à la LAT. Pourtant, derrière ce discours identitaire, il y a les chiffres. Et les statistiques fédérales nous en donnent un qui est intéressant. Si en 2000 61% des Valaisannes et Valaisans étaient propriétaires de leur logement, en 2014 ce chiffre tombe à 57%. Bien sûr, il est supérieur à la moyenne suisse (37%) mais il diminue, alors que, sur le plan suisse, ce taux augmente depuis 1970.

Toujours plus de locataires

En s’intéressant aux communes valaisannes, on constate évidemment de grandes disparités. A Saint-Martin, plus de 90% des logements sont occupés par leur propriétaire, alors que, dans les villes valaisannes, ce taux est similaire à la moyenne suisse. A Sion, deux tiers des habitants sont des locataires. Des locataires qui paient le prix fort quand photos:CLG on sait que la location d’un 4,5 pièces se situe aujourd’hui aux alentours de 2000 francs par mois.

Politique actuelle

Les instruments fiscaux et financiers pour favoriser l’accession à la propriété sont nombreux. L’utilisation du deuxième pilier et l’amortissement par le troisième en font partie. On peut y ajouter en Valais une valeur locative très basse qui permet de substantielles baisses d’impôts pour les propriétaires. Mais qu’en est-il des politiques visant à soutenir les locataires?

Autrement dit, les pouvoirs publics (communes et canton) s’immiscent-ils dans le marché de la location, afin de permettre l’existence de logements à prix modéré?

En ce qui concerne les villes du Valais romand, seule Monthey a mené une réflexion sur le logement, mais sans proposer de mesures concrètes.

Quant au canton du Valais, il subventionne aujourd’hui 2000 appartements par le biais d’une mesure fédérale. Cette aide, limitée dans le temps, prendra fin dans dix ans. Pour la suite, le canton changera de politique et ne soutiendra plus que certaines communes de montagne. Plus précisément, il proposera uniquement des aides à la rénovation ou à l’achat d’une résidence principale à hauteur de 10% des frais d’investissement pour un montant maximal de 50 000 francs.

On passera donc d’une aide dirigée vers les locataires à une seule aide à la construction (donc pour les propriétaires), de plus, uniquement dans les régions de montagne.

En ce qui concerne l’offre de coopératives de logement, Actuellement le canton du Valais subventionne 2000 appartements par le biais d’une mesure fédérale, mais cette aide aux locataires valaisans prendra fin dans dix ans. “Force est de constater qu’aujourd’hui un nombre croissant de Valaisans ne peuvent et ne pourront jamais se permettre d’acheter un logement ” Droit au logement • Mai 2016 - n° 225 — 13 VALAIS ÉTAT DES LIEUX DU LOGEMENT D’ici dix ans on passera d’une aide dirigée vers les locataires à une seule aide à la construction (donc pour les propriétaires) destinée uniquement à certaines communes situées en montagne. elle demeure aujourd’hui très confidentielle en Valais (624 logements), soit 0,5% du parc immobilier. Par comparaison, le canton de Zurich en possède plus de 7% et la ville de Zurich vise un quart de logements coopératifs.

Propriétaires de leur logement en baisse

Ce rapide panorama de la politique du logement permet trois conclusions provisoires:

En faveur des locataires

En Valais, la situation de locataire est souvent appréhendée comme une étape de vie, qui doit déboucher sur une finalité: être propriétaire, «construire». Il découle de ces représentations, par ailleurs fortement ancrées chez les décideurs politiques, des mesures favorables aux personnes pouvant se permettre d’acheter un logement. Mais force est de constater qu’un nombre croissant de personnes ne peuvent et ne pourront jamais y accéder, pour des raisons économiques ou par le fait que les surfaces constructibles seront réduites.

A l’heure où des réflexions importantes doivent être menées sur un développement des «lits chauds» pour le tourisme, le canton du Valais et les villes valaisannes se doivent également de prendre en considération la situation des locataires permanents du canton. Aujourd’hui, bien trop peu de ressources financières et humaines sont affectées au développement du logement d’utilité publique en Valais. Ce n’est pas le cas d’autres cantons et villes qui mettent en oeuvre une politique visant à la promotion de logements à prix modéré.

Le canton du Valais et les villes valaisannes feraient bien de s’en inspirer, afin de défendre en faveur de toutes et tous une politique du logement qui dépasse la seule ambition de l’accession à la propriété.

Ajouter un commentaire