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En règle générale, les résidents suisses ne sont pas très attentifs aux coûts de l’eau dans le ménage, qui paraissent souvent être une donnée fixe, sur laquelle on n’a que peu d’influence. Mais, dans un appartement suisse moyen, on peut consommer pour un montant allant jusqu’à 1000 francs par an. Ce prix comprend non seulement les frais d’eau douce mais aussi la taxe des eaux usées et la préparation d’eau chaude.
Quelques chiffres
Les frais d’eau douce et d’eaux usées varient selon les communes, entre 1.30 francs et 5.20 francs par m3. Comme 30% de l’eau utilisée est de l’eau chaude, il faut rajouter à ces coûts les frais de production d’eau chaude, qui sont, en moyenne, de 2.67 francs le m3. En moyenne toujours, chaque appartement consomme 105 m3 d’eau par année. Dans les ménages suisses types, composés de deux ou trois personnes, on consomme quotidiennement 160 litres par tête (uniquement l’eau utilisée dans le ménage, ce qui représente les 25% de l’eau totale utilisée par personne en Suisse). Sur ces 160 litres, 32 sont utilisés pour les bains et les douches, et 44 pour la chasse d’eau des toilettes. Le reste est utilisé en majeure partie en cuisine ou dans la buanderie. Il faut noter que la consommation d’eau dans les ménages avait atteint un pic dans les années 80 et 90 et a diminué depuis lors, grâce à une bonne diffusion des mesures d’économie d’eau et de nouvelles installations (robinets, lave-linge, lave-vaisselle, etc.).
Mais cela varie fortement: deux tiers des appartements consomment les 40% de cette eau utilisée et un tiers consomment le reste, jusqu’à 300 m3 voire plus. Recevoir un relevé en fonction de la consommation permettrait donc à certains locataires de réaliser des économies de plusieurs centaines de francs par an.
Décompte individuel = économies
Il s’avère que l’établissement d’un décompte individuel des frais d’eau permet de faire des économies. Si on appliquait ce principe du pollueur-payeur, cela engendrerait en moyenne une réduction de 19% de la consommation d’eau. Y a-t-il une grosse marge de manœuvre pour les locataires? Pour Martial Wicht, de la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux (SSIGE), il faut surtout économiser l’eau chaude. Il explique: «Economiser l’eau potable n’est pas très rentable d’un point de vue économique et pas très intéressant d’un point de vue écologique. Cela ne signifie pas qu’il faut gaspiller. Economiser l’eau chaude a par contre un impact favorable tant économique et qu’écologique. Dans les bâtiments modernes l’eau chaude sanitaire représente en effet une part importante de l’énergie de chauffage.»
Source: Le document «Faits liés à l’eau» publié sur www.neovac.ch
Nicole Tille, juriste à l’ASLOCA Vaud, explique: «Dans le canton de Vaud, les bâtiments neufs comportant au moins cinq unités locatives doivent en principe être équipés de compteurs individuels. Par contre, dans un immeuble ancien, on ne peut prétendre à ce que les propriétaires installent ce genre d’appareils et établissent des décomptes individuels. Donc on continue à payer l’eau selon le volume de l’appartement occupé et non pas selon la consommation effective.» Il est clair que la majorité des appartements en Suisse romande n’ont pas encore de compteurs d’eau individuels. Ils sont certes obligatoires partout dans les nouveaux immeubles, mais les régies ne sont pas obligées, à part dans les cantons de Vaud et de Genève, d’établir des décomptes individuels et peuvent continuer à facturer selon le volume de l’appartement. Et reste en plus que les appartements récents sont encore en grande minorité...
Et vous, vous êtes plutôt bain ou douche?
Pour économiser l’eau, on recommande en général de prendre une douche au lieu d’un bain. Mais cela dépend du débit et de la durée de la douche!
Un bain nécessite entre 200 et 250 litres d’eau suivant la taille de la baignoire. Il faut également beaucoup d’énergie pour chauffer cette eau: plus d’un litre de mazout par exemple. On peut noter que chauffer de l’eau pour un bain, même petit, en hiver dégage autant de CO2 dans l’atmosphère que parcourir cinq kilomètres en voiture!
Le site energie-environnement.ch donne quelques conseils pour économiser l’eau, ainsi que l’énergie utilisée, dans la salle de bains:
–une baignoire peu remplie nécessitera entre 125 et 150 litres, économisera donc l’eau et l’énergie et ne changera pas énormément le confort du bain;
–une douche éco de cinq minutes, avec un pommeau de douche muni du label energy (les pommeaux classés A sont les plus économes), consommera moins de 12 litres par minute. Une telle douche utilisera donc moins de 60 litres, à savoir le quart de ce que nécessite un bain.
En contre-exemple, une douche de dix minutes peut consommer davantage d’eau qu’un bain.
Consommation d’eau de votre douche
Pour connaître la consommation d’eau de sa douche (en litres par minute), il faut prendre un récipient gradué et mesurer combien de secondes il faut pour le remplir. Puis vous calculez le nombre de litres divisé par le nombre de secondes et multiplier par 60. Cela vous donnera une idée de votre consommation d’eau par minute lorsque vous prenez une douche chez vous.
Autre solution: le réducteur de débit
Pour limiter le débit d’une douche, on peut placer un réducteur entre le robinet et le départ du tuyau. Celui-ci se visse sur le robinet comme un tuyau de douche. On en trouve dans les magasins de bricolage au prix d’environ 10 francs.
Confort de la douche
Pour se motiver à prendre des douches au lieu des bains, on peut prendre les mesures suivantes, toujours selon le site energie-environnement.ch:
–un rideau qui évite d’inonder le sol;
–un tapis antiglisse dans la baignoire, pour la sécurité;
–un robinet mitigeur pour obtenir rapidement le bon réglage de température;
–un pommeau de douche réglable en hauteur et en direction.
On peut aussi placer soi-même un compteur d’eau et d’énergie entre le pommeau et le tuyau (modèle Amphiro, par exemple). Ce genre de compteur fonctionne sans piles et permet de se rendre compte «en direct» de son impact sur l’environnement.
Locataires: votre marge de manœuvre
Vous n’avez pas de douche chez vous? Pas de souci, comme expliqué ci-dessus, vous pouvez prendre vos douches dans la baignoire. Vous désirez installer un pommeau économique ou un compteur d’eau: pas de souci, vous êtes en droit de le faire.
Nicole Tille, juriste à l’ASLOCA Vaud, explique: «Le locataire peut installer un compteur ou un pommeau économique tant que cela ne laisse pas de traces à son départ de l’appartement. Cependant, cela n’aura aucune influence sur sa facture d’eau si l’immeuble n’est pas équipé de compteurs individuels.»
Notre salle de bains est-elle sûre et sans danger?
Le Bureau de prévention des accidents (bpa) indique que chaque année plus de 16 000 personnes, en moyenne, se blessent dans une salle de bains ou aux toilettes. Environ deux tiers des blessures surviennent suite à une chute. Cette proportion atteint même 80% chez les personnes de 65 ans et plus.
Outre les chutes en sortant ou en entrant dans la baignoire ou la douche ainsi que les glissades sur un sol mouillé, l’accident le plus fréquent est le fait de se taper la tête ou une autre partie du corps à l’angle d’un miroir ou d’un robinet. Des cas de brûlures existent également. L’installation d’un robinet mélangeur pourvu d’un régulateur de température permet d’éviter de graves échaudages, notamment chez les enfants en bas âge.
Pour toute personne ayant besoin d’aménager sa salle de bains différemment pour éviter certains risques, il existe des moyens auxiliaires, destinés en premier lieu aux personnes âgées, handicapées ou en convalescence. Ce matériel est à louer ou à acheter. Pro Senectute et Pro Infirmis ainsi que les services de soins à domicile, notamment, sont actifs dans la consultation pour l’adaptation de logement.
Nicole Tille, juriste à l’ASLOCA Vaud, conseille de demander à la régie l’autorisation avant d’installer une barre ou un autre aménagement fixe qui risque de laisser des traces dans la salle de bains (carrelage, mur, etc.). Un locataire ne peut en outre pas prétendre à des aménagements supplémentaires en raison de son âge ou d’un handicap quelconque. Il accepte l’objet loué tel quel.
Si une installation présente un défaut (lié par exemple à l’électricité dans la salle de bains), le locataire peut demander des travaux, mais leur nécessité s’appréciera au cas par cas. Il est néanmoins toujours difficile d’apprécier s’il y a défaut ou non. S’il s’avère qu’il y a vraiment un défaut et que la gérance refuse d’effectuer les travaux, des procédures peuvent être entamées et on peut avoir recours à l’autorité de conciliation.
Je veux tout changer - par goût, pas par nécessité
Je viens de trouver l’appartement de mes rêves, tout est très bien aménagé, sauf la salle de bains, qui ne me convient pas trop. Il y a une baignoire, mais je préfère nettement prendre des douches. Et j’aimerais également changer le carrelage, qui est vraiment passé de mode. Que puis-je faire?
Le locataire ne peut pas faire des travaux avant d’avoir l’accord écrit de son bailleur. Sinon il s’expose à devoir remettre la pièce dans son état antérieur à son départ. Et il perd aussi tout droit de réclamer une indemnité pour une éventuelle plus-value. Il a également meilleur temps de s’adresser à un professionnel pour réaliser les travaux.
Les coûts de la transformation peuvent être pris en charge par l’un ou l’autre, selon décision des deux parties. Attention, si le bailleur prend les coûts en charge, il peut décider d’une augmentation de loyer par la suite. Le locataire doit également veiller à ne pas endommager la chose louée et à ne pas incommoder le voisinage.
A la Régie de Fribourg SA, on nous indique que ce genre de demandes n’est pas courant, le locataire prenant l’appartement qui lui convient le mieux et acceptant de vivre avec la situation donnée.
Quant à François Zutter, avocat à l’ASLOCA Genève, il déconseille au locataire de faire quoi que ce soit avant d’avoir l’autorisation écrite du bailleur. Il conseille aussi vivement de se mettre d’accord sur la prise en charge des travaux: qui paie quoi? Est-ce le bailleur avec ou sans participation du locataire? Cette participation est-elle unique ou sous forme d’augmentation de loyer? Dans le dernier cas, il faut faire attention à ce que les travaux soient amortis sur une période suffisamment longue, ce qui implique que le bailleur communique au locataire le coût des travaux...
Henriette Schaffter
Rédactrice en chef